
L’ambition du Ghana de se positionner en tant que modèle pivot de la tech
Le partenariat entre le Ghana et les Émirats arabes unis pour la construction d’un technopôle illustre la volonté du Ghana de se positionner comme un acteur majeur dans le secteur technologique. Ce projet s’inscrit dans la continuité des initiatives réglementaires et des partenariats internationaux que le pays met en place pour renforcer son écosystème numérique.
Un tech hub en cohérence avec la stratégie d’intelligence artificielle et de transformation numérique du Ghana
À travers la stratégie nationale d’intelligence artificielle (« IA »)[1], publiée en octobre 2022, l’État ghanéen ambitionne d’utiliser l’IA afin de développer plusieurs secteurs clés. De la santé à l’agriculture, en passant par les services financiers, les transports et la gestion des ressources naturelles, le gouvernement entend mobiliser l’intelligence artificielle pour stimuler le développement économique et social du pays.
La stratégie, couvrant la période 2023-2033, est articulée autour de plusieurs piliers. Elle met particulièrement l’accent sur l’éducation et la formation des jeunes à travers des initiatives telles que le programme « AI Ready Ghana » et la généralisation de cours consacrés aux services cloud et à la cybersécurité.
La création d’un tech hub soutenue par les Émirats arabes unis
Dans ce contexte, la signature d’un accord d’un milliard de dollars avec les Émirats arabes unis (les « Émirats ») marque une étape décisive. Ce partenariat est mené avec la Ports, Customs and Free Zone Corporation (PCFC) de Dubaï ainsi que Presight AI, une entreprise internationale d’analyse de mégadonnées alimentée par l’intelligence artificielle générative (« GenAI »). Ce projet prévoit la construction en 2026 du Ghana-UAE Innovation and Technology Hub à Ningo-Prampram, dans la région du Grand-Accra. Ce pôle accueillera plus de 10 000 entreprises, parmi lesquelles des acteurs majeurs tels que Meta, Microsoft, Oracle et IBM.
Le partenariat avec les Émirats apporte non seulement un financement massif mais également une expertise en développement d’infrastructures et en innovation appliquée à grande échelle.
En plus de favoriser l’installation d’entreprises mondiales, le hub soutiendra les initiatives de formation locale, notamment le programme « One million coders ». L’objectif est d’encourager les talents ghanéens à façonner l’avenir numérique du pays, tout en créant un centre d’attraction majeur pour les investissements, l’innovation et le leadership technologique. Cette priorité donnée à la formation massive des jeunes talents positionne le Ghana comme un futur réservoir de compétences numériques, capable de fournir une main-d’œuvre hautement qualifiée aux marchés africains et internationaux.
Le Ghana face aux autres hubs technologiques africains
Le Ghana n’est pas le seul pays à vouloir s’imposer sur la scène tech africaine. Des géants régionaux comme le Nigeria et le Kenya ont déjà acquis une réputation internationale grâce à leurs écosystèmes numériques dynamiques.
Au Nigeria, Lagos est souvent qualifiée de « Silicon Valley africaine ». Le pays accueille une multitude de startups dans la fintech, comme Flutterwave ou Paystack, qui se sont imposées à l’échelle continentale. Mais cette concentration entraîne aussi une forte compétition et des défis liés à la régulation ainsi qu’aux infrastructures énergétiques.
Au Kenya, Nairobi, surnommée la « Silicon Savannah », est un autre modèle. L’écosystème s’est bâti sur la réussite du pionnier du paiement mobile M-Pesa, et attire aujourd’hui des investissements importants dans l’agritech, la greentech et la santé numérique. Le Kenya bénéficie également d’un fort soutien en R&D et d’un tissu solide de partenariats public-privé.
Une stratégie axée sur le développement des infrastructures digitales
Le Ghana est conscient que l’innovation technologique ne peut se développer sans une base solide. C’est pourquoi le gouvernement mise sur des investissements massifs dans les infrastructures numériques, avec pour objectif d’assurer une connectivité fiable, de moderniser les data centers et de sécuriser les flux de données. Ces efforts visent à créer un écosystème favorable pour les startups locales, mais aussi pour attirer les géants de la tech et les investisseurs internationaux.
Le partenariat entre le Ghana et les Émirats illustre une dynamique en réalité plus large que les frontières ghanéennes : celle d’une Afrique qui poursuit sa transformation en terre d’innovation et de créativité numérique. Porté par une population jeune, avide d’opportunités et de compétences ainsi que par des investissements croissants dans les infrastructures et la formation, le Ghana se positionne pour devenir l’un des pôles les plus dynamiques de l’économie numérique continentale. De nombreux défis tels que l’accès inégal aux infrastructures, besoins de financement et cadre réglementaire à consolider subsistent. Toutefois, de telles initiatives stratégiques montrent que le Ghana ainsi que le continent continuent d’avancer résolument vers un avenir où la technologie sera un levier majeur de développement économique et social.
Par Mathilde Assou – Charon
Juriste et Membre d’Africa Data Protection
[1] Stratégie d’Intelligence Artificielle 2023-2033, République du Ghana. Disponible ici : https://www.africadataprotection.org/Ghana-AI-Strat.pdf
